|
« Il y a plus de 15 ans que je m’intéresse à
l’héliciculture (nom savant du métier) mais j’ai attendu d’avoir les
moyens et le temps pour me lancer dans cette activité. En 2004, j’ai
sauté et vendu mon affaire de taxi à Paris, puis j’ai suivi une
formation professionnelle.
J'ai trouvé un terrain de 2 ha ½ à Servon, vendu par la
SAFER. C’est une situation idéale qui permet à mon épouse de continuer à
travailler jusqu’à ce que l'affaire soit rentable.
Sur le terrain, le plus important c’est l’eau : il en
faut environ 1 000 m3 par an. Heureusement, les maraîchers voisins m’ont
beaucoup aidé sur ce point. J’ai amené l’électricité et installé un
mobil home que j’ai ‘’habillé’’, ce qui donne un petit côté western.
Les escargots habitent dans le parc, bordé de ‘’murs
anti-fuite’’ (ce n’est pas une plaisanterie !) et équipé de ‘’surfaces
de collage’’ constituées de planches disposées verticalement de chaque
côté d’une planche horizontale qui sert de ‘’mangeoire’’. La nourriture
est préparée à base de mais, de poudre de calcaire et de farine de soja.
On maintient l’herbe assez haute pour garder l’humidité.
Il y a environ 500 000 escargots de toutes tailles,
depuis les bébés de quelques jours que l’on achète chez des
‘’naisseurs’’. Ils sont gros comme une tête d’épingle et nous sont
livrés dans des boites de camembert.
L’escargot est hermaphrodite, c'est-à-dire à la fois
mâle et femelle. Cela ne veut pas dire qu’il se reproduit tout seul mais
qu’il peut jouer alternativement les deux rôles. Une portée d’œufs
arrive à terme en moins de 15 jours et compte entre 80 et 120 œufs. Les
escargots atteignent ensuite leur croissance en 4 ou 5 mois.
il s’agit uniquement de ‘’gros gris’’ et ‘’petits
gris’’, les seuls escargots d’élevage. Le fameux ‘’escargot de
Bourgogne’’ ne s’élève pas, il se ramasse dans la nature et sa
croissance dure 3 ans. C’est une espèce en voie de disparition, que l’on
trouve surtout en Europe de l’est. Son cousin le lucorum ou ‘’escargot
turc’’ a une chair plus foncée et on le ramasse en Turquie et dans les
Balkans.
La production est vendue vivante, par lots de 100 kg, à
d’autres héliciculteurs qui font de la transformation. Les escargots
sont ensuite commercialisés sous forme de plateaux d’une douzaine.
L’objectif est de tout vendre avant les fêtes de fin d’année, car
ensuite l’escargot ne supporte pas les températures négatives.
Cette année nous avons subi des pertes à cause des rats
et des mulots, auxquels nous devons faire la chasse. Malgré la
concurrence des pays de l’Est, la demande existe et l'affaire devrait
permettre de financer la construction d’une maison sur le terrain.
Je pense également réaliser bientôt des aménagements
pour organiser des visites destinées aux enfants. » |