Boris Hléap

 

 

 

 

 

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De Cali à Servon, en passant par Moscou

Boris Hléap, installé à Servon avec sa famille depuis 5 ans, fait partie de ces personnes qu’on écouterait pendant des heures, tant sa destinée ressemble à un condensé de l’histoire du dernier siècle, de l’Amérique du Sud à l’Europe de l’Est.

« Le berceau de ma famille est en Ukraine. Vers 1920, les pogromes ont fait fuir les juifs, en Palestine et en Amérique du Sud. Mon père a ainsi traversé toute l’Europe, souvent à pied, avant d’embarquer au Havre, en compagnie d’italiens, d’allemands, de libanais rêvant de l’El Dorado...

Arrivé en Colombie, il s’est arrêté à Cali où il a rencontré ma mère, d'une famille italienne arrivée vers 1870. Il n’est jamais retourné en Ukraine, où la plupart de ses cousins ont été exterminés par les nazis ou emprisonnés dans les camps soviétiques.

Cali est une ville importante, connue autrefois pour ses industries mais aussi comme capitale de la salsa ! Malheureusement, elle doit aujourd’hui sa réputation au fameux « cartel » de la drogue, dans un pays marqué par la guerre civile. J’y suis né en 1953 et y ai vécu une jeunesse heureuse. Inscrit au lycée français, je suis devenu le premier élève colombien à obtenir le bac français dans cette ville. Je voulais étudier en France mais il fallait avoir 18 ans et, en attendant, j’ai suivi des études musicales et des cours de physique à l’université.

A l’occasion d’un concert donné par un pianiste russe, la proposition m’a été faite d’aller étudier le piano en URSS. C’est ainsi que le 15 juillet 1972, je recevais ma convocation pour Moscou, où j’atterrissais sans connaître personne, mais en parlant quand même la langue, qui était celle de mon père. A l’arrivée, j’ai demandé à entrer en fac de mathématiques, ce qui m’a obligé à passer le bac russe, tout en suivant des cours de piano pour le plaisir. L’université comptait 40 000 étudiants, dont 10 000 étrangers venant de 160 pays.

Au bout d’un an, je me suis orienté vers la physique, puis vers une spécialité en physique nucléaire. L’enseignement était d’une qualité très élevée, avec des professeurs mondialement connus, dont un élève d’Albert Einstein. Après ma thèse de doctorat j’ai reçu des propositions pour travailler aux USA, ainsi qu’en France. Néanmoins, entre-temps j’avais fait la connaissance de ma future épouse, qui travaillait à l’ambassade de France à Moscou.

En 1979, l’un de mes amis d’enfance a été nommé ambassadeur de Colombie à Moscou et m’a demandé de venir travailler avec lui. J’ai donc entamé une carrière diplomatique, étudié le droit international et vu défiler plusieurs ambassadeurs, avant d’être nommé en 1988 Consul Général de Colombie en URSS, quelques années avant que celle-ci ne s’effondre. Nous habitions à Moscou, à 200 mètres de la « Maison Blanche » (siège du parlement) et nous avons vécu aux premières loges l’incendie du bâtiment et les affrontements du coup d’Etat de 1993.

Quand mon pays m'a demandé de revenir à Bogota, j’ai préféré démissionner pour prendre une fonction de représentant de la Fédération du Café de Colombie à Paris, tout en installant ma famille… à Servon. J’ai sillonné l’Europe, le Moyen Orient et les pays méditerranéens pour promouvoir le fameux « Café de Colombie », jusqu’au jour où la chute dramatique des cours du café m’ont amené à changer de voie, pour prendre la direction commerciale d'un groupe milanais fabriquant de machines à café.

Voilà, comment, à partir d’une thèse sur la physique nucléaire, on peut arriver au "petit noir" en passant par la diplomatie !

 

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