Daniel Vérité

 

 

 

 

 

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Le cascadeur discret

En retraite depuis trois ans, il a été pendant 37 ans cascadeur de cinéma. Présent dans d’innombrables films, doublure de plusieurs grands acteurs

, il n’accepte que l’on cite ni les uns, ni les autres, avec des arguments que l’on comprend et des explications sur le métier qui n’en sont pas moins passionnantes.

« Je ne parlerai que du premier film, celui qui a décidé de ma carrière. Je devais avoir 25 ans et, avec des études de dessinateur industriel spécialisé dans la charpente métallique, je n’avais jamais rêvé de me lancer dans la cascade.

Ce sont mes aptitudes de gymnaste amateur qui m’ont conduit par un "coup de chance" à être sollicité pour doubler l’acteur anglais Alan Bates dans un film de Philippe de Broca, intitulé "Le Roi de Cœur" ("King of Hearts" en anglais).

Je devais faire un "soleil" comme à la barre fixe à 6 mètres de haut sur l’aiguille d’un cadran solaire, le tout sans trucage ! L’aiguille me paraissait peu solide et je l’ai dit…Grâce à mes compétences, je me suis occupé de sécuriser l’installation et la scène a pu être tournée, ce qui m’a valu une reconnaissance dans le milieu et de nouveaux contacts. Et voilà, c’était parti !...

Je vais peut-être vous décevoir mais les cascadeurs de cinéma, théâtre et télévision, sont des salariés comme les autres, à qui on demande de faire un travail très cadré, en prenant le moins de risques possible. Rien à voir avec les casse-cou qui sillonnent les routes pour se produire dans toutes sortes de numéros à sensation !

Dans ce métier, il faut "durer", donc ne pas faire d’erreur, sinon on ne vous rappelle plus. On fait des prestations à la demande et notre statut est celui d’un intermittent du spectacle. Mieux vaut réussir du premier coup, sans égratignure, en parfaite correspondance avec le scénario et dans des conditions de prise de vue excellentes…

Dans les grosses cascades, il n’y a pratiquement jamais d’accidents, toutes les précautions sont prises. En réalité, il y a plus de risques dans les petits tournages où des erreurs mineures peuvent avoir de lourdes conséquences.

Une cascade peut être disséquée en 2, 3 ou 4 parties puis assemblée au montage, ce qui va permettre d’inclure visuellement l’acteur. Dans les films de kung-fu, par exemple, les personnages sont suspendus à des câbles qui leur permettent de voler ou de monter en l’air comme des flèches. Ensuite il y a un gros travail de montage puis en post-production on "efface les câbles".

Le cascadeur n’est pas l’acteur, il le remplace et il ne faut pas que cela se voie. Nous sommes des techniciens qui ne sont pas dans le "showbiz", si on veut être médiatique il faut être acteur. Je tiens à cette position "dans l’ombre" qui convient très bien à mon caractère.

Ce métier est extraordinaire, quand je l’ai découvert cela a été une véritable "révélation".. Aucun tournage ne se ressemble, aucune cascade ne se ressemble. L’occasion nous est donnée d’aller partout dans le monde, dans des conditions qui ne seront jamais permises à un touriste : pendu sous un hélicoptère, marchant sur les ailes d’un avion ou sur le toit d’un train, en descente dans un glacier !

A un jeune qui voudrait se lancer aujourd’hui, je dirais qu'il n’y a pas vraiment de centre de formation, seulement des « écoles » très chères et dont je ne sais pas ce qu’elles valent. Il faut bien sûr de très bonnes bases physiques, ou être très bon pilote moto ou voiture, pratiquer l’escalade, les arts martiaux…La passion, la polyvalence et la persévérance sont les maîtres mots pour s’introduire dans ce métier.

Vous l’aurez compris, ma passion c’est la technique et le professionnalisme et pas l’exploit spectaculaire… »

 

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